Les paroles de Rodolphe étaient, pour ainsi dire, empreintes d'un tel caractère de certitude et de conviction en parlant de cette vengeance providentielle, que Louise regarda son sauveur avec surprise, presque avec crainte.

—Continuez, mon enfant, reprit Rodolphe en s'adressant à Louise, ne nous cachez rien... cela est plus important que vous ne le pensez.

—Je commençais donc à me rassurer un peu, dit Louise, lorsqu'un soir M. Ferrand et la femme de charge sortirent chacun de leur côté. Ils ne dînèrent pas à la maison, je restai seule; comme d'habitude, on me laissa ma ration d'eau, de pain et de vin, après avoir fermé à clef les buffets. Mon ouvrage terminé, je dînai, et puis, ayant peur toute seule dans les appartements, je remontai dans ma chambre, après avoir allumé la lampe de M. Ferrand. Quand il sortait le soir, on ne l'attendait jamais. Je me mis à travailler, et, contre mon ordinaire, peu à peu le sommeil me gagna... Ah! mon père! s'écria Louise en s'interrompant avec crainte, vous allez ne pas me croire... vous allez m'accuser de mensonge... et pourtant, tenez, sur le corps de ma pauvre petite sœur, je vous jure que je vous dis bien la vérité...

—Expliquez-vous, dit Rodolphe.

—Hélas! monsieur, depuis sept mois je cherche en vain à m'expliquer à moi-même cette nuit affreuse... sans pouvoir y parvenir; j'ai manqué perdre la raison en tâchant d'éclaircir ce mystère.

—Mon Dieu! Mon Dieu! Que va-t-elle dire? s'écria le lapidaire, sortant de l'espèce de stupeur indifférente qui l'accablait par intermittence depuis le commencement de ce récit.

—Je m'étais, contre mon habitude, endormie sur ma chaise..., reprit Louise. Voilà la dernière chose dont je me souviens... Avant, avant... oh! mon père, pardon... Je vous jure que je ne suis pas coupable pourtant...

—Je te crois! Je te crois! Mais parle.

—Je ne sais depuis combien de temps je dormais lorsque je m'éveillai, toujours dans ma chambre, mais couchée et déshonorée par M. Ferrand, qui était auprès de moi.

—Tu mens, tu mens! s'écria le lapidaire furieux. Avoue-moi que tu as cédé à la violence, à la peur de me voir traîner en prison, mais ne mens pas ainsi!