—Oui, monsieur; les tempes me battaient, j'avais un léger frisson, j'étais mal à mon aise.
—Oh! le misérable! le misérable! s'écria Rodolphe. Savez-vous, Morel, ce que cet homme a fait boire à votre fille?
L'artisan regarda Rodolphe sans lui répondre.
—La femme de charge, sa complice, avait mêlé dans le breuvage de Louise un soporifique, de l'opium, sans doute; les forces, la pensée de votre fille, ont été paralysées pendant quelques heures; en sortant de ce sommeil léthargique, elle était déshonorée!...
—Ah! maintenant, s'écria Louise, mon malheur s'explique. Vous le voyez, mon père, je suis moins coupable que je ne le paraissais. Mon père, mon père, réponds-moi donc!
Le regard du lapidaire était d'une effrayante fixité.
Une si horrible perversité ne pouvait entrer dans l'esprit de cet homme naïf et honnête. Il comprenait à peine cette affreuse révélation.
Et puis, faut-il le dire, depuis quelques moments sa raison lui échappait; par instants ses idées s'obscurcissaient; alors il tombait dans ce néant de la pensée qui est à l'intelligence ce que la nuit est à la vue... formidable symptôme de l'aliénation mentale.
Pourtant Morel reprit d'une voix sourde, brève et précipitée:
—Oh! oui, c'est bien mal, bien mal, très-mal.