—Ne suis-je pas là?... Soyez tranquille, ils ne manqueront de rien... Courage! vous dis-je; votre révélation provoquera la punition d'un grand criminel. Vous m'avez convaincu de votre innocence, elle sera reconnue, proclamée, je n'en doute pas.

—Ah! monsieur, vous le voyez... le déshonneur, la folie, la mort... Voilà les maux qu'il cause, cet homme! Et on ne peut rien contre lui! rien!... Ah! cette pensée complète tous mes maux!...

—Loin de là, que la pensée contraire vous aide à les supporter.

—Que voulez-vous dire, monsieur?

—Emportez avec vous la certitude que votre père, que vous et les vôtres vous serez vengés.

—Vengés?...

—Oui!... Et je vous jure, moi, répondit Rodolphe avec solennité, je vous jure que, ses crimes prouvés, cet homme expiera cruellement le déshonneur, la folie, la mort qu'il a causés. Si les lois sont impuissantes à l'atteindre, et si sa ruse et son adresse égalent ses forfaits, à sa ruse on opposera la ruse, à son adresse l'adresse, à ses forfaits des forfaits; mais qui seront aux siens ce que le supplice juste et vengeur, infligé au coupable par une main inexorable, est au meurtre lâche et caché.

—Ah! monsieur, que Dieu vous entende! Ce n'est plus moi que je voudrais venger, c'est mon père insensé... c'est mon enfant mort en naissant...

Puis tentant un dernier effort pour tirer Morel de sa folie, Louise s'écria encore:

—Mon père, adieu! On m'emmène en prison... Je ne te verrai plus! C'est ta Louise qui te dit adieu. Mon père! Mon père! Mon père!...