Morel quitta la maison de la rue du Temple sans résistance; indifférent, il alla où on le mena; sa folie était douce, inoffensive et triste.
La grand'mère avait faim: on lui montra de la viande et du pain, elle suivit le pain et la viande.
Les pierreries du lapidaire, confiées à sa femme, furent, le même jour, remises à Mme Mathieu, la courtière, qui vint les chercher.
Malheureusement, cette femme fut épiée et suivie par Tortillard, qui connaissait la valeur des pierres prétendues fausses, par l'entretien qu'il avait surpris lors de l'arrestation de Morel par les recors... Le fils de Bras-Rouge s'assura que la courtière demeurait boulevard Saint-Denis, nº 11.
Rigolette apprit à Madeleine Morel avec beaucoup de ménagement l'accès de folie du lapidaire et l'emprisonnement de Louise. D'abord Madeleine pleura beaucoup, se désola, poussa des cris désespérés; puis, cette première effervescence de douleur passée, la pauvre créature, faible et mobile, se consola peu à peu en se voyant, elle et ses enfants, entourés du bien-être qu'ils devaient à la générosité de leur bienfaiteur.
Quant à Rodolphe, ses pensées étaient amères en songeant aux révélations de Louise.
«Rien de plus fréquent, se disait-il, que cette corruption plus ou moins violemment imposée par le maître à la servante: ici, par la terreur ou par la surprise; là, par l'impérieuse nature des relations que crée la servitude.
«Cette dépravation par ordre, descendant du riche au pauvre, et méprisant, pour s'assouvir, l'inviolabilité tutélaire du foyer domestique, cette dépravation, toujours déplorable quand elle est acceptée volontairement, devient hideuse, horrible, lorsqu'elle est forcée.
«C'est un asservissement impur et brutal, un ignoble et barbare esclavage de la créature, qui, dans son effroi, répond aux désirs du maître par des larmes, à ses baisers par le frisson du dégoût et de la peur.
«Et puis, pensait encore Rodolphe, pour la femme quelles conséquences! presque toujours l'avilissement, la misère, la prostitution, le vol, quelquefois l'infanticide!