—Comment, madame?
—Supposez qu'on vienne dire à la pauvre mère: «On a cru votre fille morte, elle ne l'est pas; la femme qui a pris soin d'elle étant toute petite pourrait l'affirmer.»
—Un tel mensonge serait cruel, madame... pourquoi donner en vain un espoir à cette pauvre mère?
—Mais, si ce n'était pas un mensonge, monsieur? Ou plutôt si cette supposition pouvait se réaliser?
—Par un miracle? S'il ne fallait pour l'obtenir que joindre mes prières aux vôtres, je les joindrais du plus profond de mon cœur... croyez-le, madame... Malheureusement l'acte de décès est formel.
—Mon Dieu, je le sais, monsieur, l'enfant est mort; et pourtant, si vous vouliez, le malheur ne serait pas irréparable.
—Est-ce une énigme, madame?
—Je parlerai donc plus clairement... Que ma sœur retrouve demain sa fille, non-seulement elle renaît à la vie, mais encore elle est sûre d'épouser le père de cet enfant, aujourd'hui libre comme elle. Ma nièce est morte à six ans. Séparée de ses parents dès l'âge le plus tendre, ils n'ont conservé d'elle aucun souvenir... Supposez qu'on trouve une jeune fille de dix-sept ans, ma nièce aurait maintenant cet âge... une jeune fille comme il y en a tant, abandonnée de ses parents; qu'on dise à ma sœur: «Voilà votre fille, car on vous a trompée: de graves intérêts ont voulu qu'on la fît passer pour morte. La femme qui l'a élevée, un notaire respectable, vous affirmeront, vous prouveront que c'est bien elle...»
Jacques Ferrand, après avoir laissé parler la comtesse sans l'interrompre, se leva brusquement et s'écria d'un air indigné:
—Assez... assez!... Madame! Oh! cela est infâme!