—Vous voudriez bien la tenir, votre femme, hein, vieux? Et dire qu'elle est à dix pas de vous... c'est ça qu'est vexant! Si je voulais, je vous conduirais à la porte de sa chambre... moi... car je sais où elle est, sa chambre... je le sais, je le sais, je le sais, ajouta Tortillard en chantonnant, selon son habitude.

—Tu sais où est sa chambre! s'écria le Maître d'école avec une joie féroce, tu le sais?...

—Je vous vois venir, dit Tortillard; je vas vous faire faire le beau sur vos pattes de derrière, comme un chien à qui on montre un os... Attention, vieux Azor!

—Tu sais où est la chambre de ma femme? répéta le brigand en se tournant du côté où il entendait la voix de Tortillard.

—Oui, je le sais; et ce qu'il y a de fameux, c'est qu'un seul garçon de ferme couche dans le corps de logis où nous sommes; je sais où est sa porte, la clef est après: crac! un tour, et il est enfermé... Allons, debout, vieux Azor!

—Qui t'a dit cela? s'écria le brigand en se levant involontairement.

—Bien, Azor... À côté de la chambre de votre femme couche une vieille cuisinière... un autre tour de clef, et nous sommes maîtres de la maison, maîtres de votre femme et de la jeune fille à la mante grise que nous venions enlever... Maintenant, la patte, vieux Azor, faites le beau pour ce maître! Tout de suite.

—Tu mens, tu mens!... Comment saurais-tu cela?

—Moi boiteux, mais moi pas bête... Tout à l'heure j'ai inventé de dire à ce vieux bibard de laboureur que la nuit vous aviez quelquefois des convulsions, et je lui ai demandé où je pourrais trouver du secours si vous aviez votre attaque... Alors il m'a répondu que, si ça vous prenait, je pourrais éveiller le valet et la cuisinière, et il m'a enseigné où ils couchaient... l'un en bas, l'autre en haut... au premier, à côté de votre femme, votre femme, votre femme!...

Et Tortillard de répéter son chant monotone.