—Oh! s'il s'agit du bon abbé Laporte... c'est sacré, dit Mme Dubreuil. Je vais donner les ordres en conséquence... Ces deux enfants ont bien... bien des choses à se dire... Il faut leur donner le temps de se parler.
—Nous partirons donc à trois heures, ma chère madame Dubreuil.
—C'est entendu... Mais que je vous remercie donc encore!... quelle bonne idée j'ai eue de vous prier de venir à mon aide! dit Mme Dubreuil. Allons, Clara; allons, Marie!...
Pendant que Mme Georges écrivait, Mme Dubreuil sortit d'un côté, les deux jeunes filles d'un autre, avec la servante qui avait annoncé l'arrivée de la laitière de Stains.
—Où est-elle, cette pauvre femme? demanda Clara.
—Elle est avec ses enfants, sa petite charrette et son âne, dans la cour des granges, mademoiselle.
—Tu vas la voir, Marie, la pauvre femme, dit Clara en prenant le bras de la Goualeuse; comme elle est pâle et comme elle a l'air triste avec son grand deuil de veuve! La dernière fois qu'elle est venue voir maman, elle m'a navrée; elle pleurait à chaudes larmes en parlant de son mari, et puis tout à coup ses larmes s'arrêtaient, et elle entrait dans des accès de fureur contre l'assassin. Alors... elle me faisait peur, tant elle avait l'air méchant; mais au fait, son ressentiment est bien naturel!... l'infortunée!... Comme il y a des gens malheureux!... n'est-ce pas, Marie?
—Oh! oui, oui... sans doute..., répondit la Goualeuse en soupirant d'un air distrait. Il y a des gens bien malheureux, vous avez raison, mademoiselle...
—Allons! s'écria Clara en frappant du pied avec une impatience chagrine, voilà encore que tu me dis vous... et que tu m'appelles mademoiselle; mais tu es donc fâchée contre moi, Marie?
—Moi, grand Dieu!