—Oh! il faudra bien que tu parles et que tu dénonces l'assassin! s'écria la veuve. Vous êtes tous de la même bande... Je ne suis pas même bien sûre de ne pas t'avoir vue ce jour-là avec eux. Allons, allons, il ne s'agit pas de pleurnicher, maintenant que tu es reconnue. Montre-nous ta face, elle est belle à voir!
Et la veuve abaissa brutalement les deux mains de la jeune fille, qui cachait son visage baigné de larmes.
La Goualeuse, d'abord écrasée de honte, commençait à trembler d'effroi en se trouvant seule à la merci de ces forcenés; elle joignit les mains, tourna vers la laitière ses yeux suppliants et craintifs et dit de sa voix douce:
—Mon Dieu, madame, il y a deux mois que je suis retirée à la ferme de Bouqueval... je n'ai donc pu être témoin du malheur dont vous parlez, et...
La timide voix de Fleur-de-Marie fut couverte par ces cris furieux:
—Menons-la chez M. le maire... elle s'expliquera.
—Allons! en marche, la belle!
Et le groupe menaçant se rapprochant de plus en plus de la Goualeuse, celle-ci, croisant ses mains par un mouvement machinal, regardait de côté et d'autre avec épouvante et semblait implorer du secours.
—Oh! reprit la laitière, tu as beau chercher autour de toi, Mlle Clara n'est plus là pour te défendre; tu ne nous échapperas pas.
—Hélas! madame, dit-elle toute tremblante, je ne veux pas vous échapper; je ne demande pas mieux que de répondre à ce qu'on me demandera... puisque cela peut vous être utile... Mais quel mal ai-je fait à toutes les personnes qui m'entourent et me menacent?...