La veuve seule s'avança et dit résolument à Mme Georges:
—Cette fille ne sortira pas d'ici qu'elle n'ait fait sa déposition chez le maire au sujet de l'assassinat de mon pauvre mari.
—Ma chère amie, dit Mme Georges en se contraignant, ma fille n'a aucune déposition à faire ici; plus tard, si la justice trouve bon d'invoquer son témoignage, on la fera appeler, et je l'accompagnerai... Jusque-là personne n'a le droit de l'interroger.
—Mais, madame... je vous dis...
Mme Georges interrompit la laitière et lui répondit sévèrement:
—Le malheur dont vous êtes victime peut à peine excuser votre conduite; un jour vous regretterez les violences que vous avez si imprudemment excitées. Mlle Marie demeure avec moi à la ferme de Bouqueval, instruisez-en le juge qui a reçu votre première déclaration, nous attendrons ses ordres.
La veuve ne put rien répondre à ces sages paroles; elle s'assit sur le parapet de l'abreuvoir et se mit à pleurer amèrement en embrassant ses enfants.
Quelques minutes après cette scène, Pierre amena le cabriolet; Mme Georges et Fleur-de-Marie y montèrent pour retourner à Bouqueval.
En passant devant la maison de la fermière d'Arnouville, la Goualeuse aperçut Clara: elle pleurait, à demi cachée derrière une persienne entr'ouverte, et fit à Fleur-de-Marie un signe d'adieu avec son mouchoir.