Afin de les détourner de la voie mauvaise, incessamment on les menace des vengeances divines et humaines; incessamment on fait bruire à leurs oreilles un cliquetis sinistre: clefs de prison, carcans de fer, chaînes de bagne; et enfin au loin, dans une pénombre effrayante, à l'extrême horizon du crime, on leur montre le coupe-tête du bourreau, étincelant aux lueurs des flammes éternelles...
On le voit, la part de l'intimidation est incessante, formidable, terrible...
À qui fait le mal... captivité, infamie, supplice...
Cela est juste; mais à qui fait le bien, la société décerne-t-elle dons honorables, distinctions glorieuses?
Non.
Par des bienfaisantes rémunérations, la société encourage-t-elle à la résignation, à l'ordre, à la probité, cette masse immense d'artisans voués à tout jamais au travail, aux privations, et presque toujours à une misère profonde?
Non.
En regard de l'échafaud où monte le grand coupable, est-il un pavois où monte le grand homme de bien?
Non.
Étrange, fatal symbole! On représente la justice aveugle, portant d'une main un glaive pour punir, de l'autre des balances où se pèsent l'accusation et la défense.