—Est peut-être sacrilège, madame... Mais est-ce offenser Dieu que de lui comparer celui qui m'a donné la conscience du bien et du mal, celui qui m'a retirée de l'abîme... celui enfin à qui je dois une vie nouvelle?

—Je ne vous blâme pas, mon enfant; je comprends toutes les nobles exagérations. Mais comment avez-vous abandonné cette ferme où vous deviez vous trouver si heureuse?

—Hélas!... cela n'a pas été volontairement, madame!

—Qui vous y a donc forcée?

—Un soir, il y a quelques jours, dit Fleur-de-Marie, tremblant encore à ce récit, je me rendais au presbytère du village, lorsqu'une méchante femme, qui m'avait tourmentée pendant mon enfance... et un homme son complice... qui était embusqué avec elle dans un chemin creux, se jetèrent sur moi, et, après m'avoir bâillonnée, m'emportèrent dans un fiacre.

—Et dans quel but?

—Je ne sais pas, madame. Mes ravisseurs obéissaient, je crois, à des personnes puissantes.

—Quelles furent les suites de cet enlèvement?

—À peine le fiacre était-il en marche que la méchante femme, qui s'appelle la Chouette, s'écria: «J'ai du vitriol, je vais en frotter le visage de la Goualeuse pour la défigurer.»

—Quelle horreur!... malheureuse enfant!... Et qui vous a sauvée de ce danger?