Et il se précipita hors de sa loge; mais, sur le seuil, il s'arrêta.
M. Pipelet se trouvait dans une de ces positions horriblement critiques et éminemment dramatiques souvent exploitées par les poëtes. D'un côté le devoir le retenait dans sa loge; d'un autre côté sa pudique et conjugale susceptibilité l'appelait aux étages supérieurs de la maison.
Au milieu de ces perplexités terribles, la voix reprit:
—Vous ne venez pas, monsieur Pipelet!... Tant pis... je coupe les cordons et je ferme les yeux!...
Cette menace décida M. Pipelet.
—Môssieurr..., s'écria-t-il d'une voix de stentor, en sortant éperdument de la loge, au nom de l'honneur, je vous adjure, môssieurr, de ne rien couper, de laisser mon épouse intacte!... Je monte... Et Alfred s'élança dans les ténèbres de l'escalier, en laissant, dans son trouble, la porte de sa loge ouverte.
À peine l'eut-il quittée que tout à coup un homme y entra vivement, prit sur la table le marteau du savetier, sauta sur le lit, et, au moyen de quatre pointes fichées d'avance à chaque coin d'un épais carton qu'il tenait à la main, cloua ce carton dans le fond de l'obscure alcôve de M. Pipelet, puis disparut.
Cette opération fut faite si prestement que le portier, s'étant souvenu presque au même instant qu'il avait laissé la porte de sa loge ouverte, redescendit précipitamment, la ferma, emporta la clef et remonta sans pouvoir soupçonner que quelqu'un était entré chez lui. Après cette mesure de précaution, Alfred s'élança de nouveau au secours d'Anastasie en criant de toutes ses forces:
—Môssieurr, ne coupez rien... je monte... me voici... je mets mon épouse sous la sauvegarde de votre délicatesse!
Le digne portier devait tomber d'étonnement en étonnement.