—Qu'est-ce qu'il y a encore? Tu ne peux jamais te tenir en repos... Il faut toujours que tu trottes comme un chat maigre, au lieu de rester tranquille sur ta chaise à garder la loge.

—Anastasie, vous êtes injuste... en disant que je trotte comme un chat maigre. Si je trotte... c'est pour vous.

—Pour moi?

—Oui... Pour vous épargner un outrage dont nous eussions tous les deux gémi et rougi... j'ai déserté un poste que je considère comme aussi sacré que la guérite du soldat...

—On voulait me faire outrage, à moi?

—Ce n'était pas à vous... puisque l'outrage dont on vous menaçait devait s'accomplir là-haut, et que vous étiez sortie... mais...

—Que le diable m'emporte si je comprends rien à ce que tu me chantes là! Ah çà! est-ce que décidément tu perds la boule?... Tiens, vois-tu... je finirai par croire que tu as des absences... un coup de marteau... et ça par la faute de ce gredin de Cabrion, que Dieu confonde!... Depuis sa farce de l'autre jour je ne te reconnais plus, tu as l'air tout ahuri... cet être-là sera donc toujours ton cauchemar?

À peine Anastasie avait-elle prononcé ces mots qu'il se passa une chose étrange.

Alfred se tenait assis, le visage tourné du côté du lit.

La loge était éclairée par la clarté blafarde d'un jour d'hiver et par une lampe. À la lueur de ces deux lumières douteuses, M. Pipelet, au moment où sa femme prononça le nom de Cabrion, crut voir apparaître dans l'ombre de l'alcôve la figure immobile et narquoise du peintre.