—Je vous donnerai aussi les moyens de voir Germain.

—Oh! merci, monsieur Rodolphe.

—Vous n'aurez donc pas peur d'aller dans sa prison?

—Bien sûr le cœur me battra très-fort la première fois... Mais c'est égal. Est-ce que, quand Germain était heureux, je ne le trouvais pas toujours prêt à aller au-devant de toutes mes volontés, à me mener au spectacle ou promener, à me faire la lecture le soir, à m'aider à arranger mes caisses de fleurs, à cirer ma chambre? Eh bien il est dans la peine, c'est à mon tour maintenant. Un pauvre petit rat comme moi ne peut pas grand-chose, je le sais, mais enfin tout ce que je pourrai, je le ferai, il peut y compter; il verra si je suis bonne amie. Tenez, monsieur Rodolphe, il y a une chose qui me désole, c'est sa méfiance. Me croire capable de le mépriser, moi! Je vous demande un peu pourquoi. Ce vieil avare de notaire l'accuse d'avoir volé; qu'est-ce que ça me fait?... Je sais bien que ça n'est pas vrai. La lettre de Germain ne m'aurait pas prouvé clair comme le jour qu'il est innocent, que je ne l'aurais pas cru coupable; il n'y qu'à le voir, qu'à le connaître, pour être sûr qu'il est incapable d'une vilaine action. Il faut être aussi méchant que M. Ferrand pour soutenir des faussetés pareilles.

—Bravo! ma voisine, j'aime votre indignation.

—Oh! tenez, je voudrais être homme pour pouvoir aller trouver ce notaire, et lui dire: «Ah! vous soutenez que Germain vous a volé, eh bien! tenez, voilà pour vous vieux menteur! Il ne vous volera pas cela, toujours!» Et pan! pan! pan! je le battrais comme plâtre.

—Vous avez une justice très-expéditive, dit Rodolphe en souriant de l'animation de Rigolette.

—C'est que ça révolte aussi; et, comme dit Germain dans sa lettre, tout le monde sera du parti de son patron contre lui, parce que son patron est riche, considéré, et que Germain n'est qu'un pauvre jeune homme sans protection, à moins que vous ne veniez à son secours, monsieur Rodolphe, vous qui connaissez des personnes si bienfaisantes. Est-ce qu'il n'y aurait pas à faire quelque chose?

—Il faut qu'il attende son jugement. Une fois acquitté, comme je le crois, de nombreuses preuves d'intérêt lui seront données, je vous l'assure. Mais écoutez, ma voisine, je sais par expérience qu'on peut compter sur votre discrétion.

—Oh! oui, monsieur Rodolphe; je n'ai jamais été bavarde.