—Je vous l'ai dit, ma voisine, je ne suis qu'un pauvre commis marchand; mais quand, en flânant de côté et d'autre, je trouve de braves gens qui méritent protection, j'en instruis une personne bienfaisante qui a toute confiance en moi, et on les secourt. Ça n'est pas plus malin que ça.

—Et où logez-vous, maintenant que vous avez cédé votre chambre aux Morel?

—Je loge... en garni.

—Oh! que je détesterais ça! Être où a été tout le monde, c'est comme si tout le monde avait été chez vous.

—Je n'y suis que la nuit, et alors...

—Je conçois, c'est moins désagréable. Ce que c'est que de nous, pourtant, monsieur Rodolphe! Mon chez-moi me rendait si heureuse! Je m'étais arrangé une petite vie si tranquille que je n'aurais jamais cru possible d'avoir un chagrin, et vous voyez pourtant!... Non, je ne peux pas vous dire le coup que le malheur de Germain m'a porté. J'ai vu les Morel et d'autres encore bien à plaindre, c'est vrai; mais enfin la misère est la misère, entre pauvres gens on s'y attend, ça ne surprend pas, et l'on s'entraide comme on peut. Aujourd'hui c'est l'un, demain c'est l'autre. Quant à soi, avec du courage et de la gaieté, on se tire d'affaire. Mais voir un pauvre jeune homme, honnête et bon, qui a été votre ami pendant longtemps, le voir accusé de vol et emprisonné pêle-mêle avec des scélérats!... Ah! dame, monsieur Rodolphe, vrai, je suis sans force contre ça, c'est un malheur auquel je n'avais jamais pensé, ça me bouleverse.

Et les grands yeux de Rigolette se voilèrent de larmes.

—Courage! courage! Votre gaieté reviendra quand votre ami sera acquitté.

—Oh! il faudra bien qu'il soit acquitté. Il n'y aura qu'à lire aux juges la lettre qu'il m'a écrite: ça suffira, n'est-ce pas, monsieur Rodolphe?

—En effet, cette lettre simple et touchante a tout le caractère de la vérité; il faudra même que vous m'en laissiez prendre copie, cela sera nécessaire à la défense de Germain.