—Et moi, quelle belle marmotte! reprit Amandine.

—Sans compter que les enfants du chaufournier du four à plâtre rageront joliment en vous voyant passer, dit Calebasse; et elle examina les traits des enfants pour voir s'ils comprendraient la méchante portée de ces paroles. L'abominable créature appelait la vanité à son aide pour étouffer les derniers scrupules de ces malheureux.—Les enfants du chaufournier, reprit-elle, auront l'air de mendiants, ils en crèveront de jalousie; car vous autres, avec vos beaux mouchoirs de soie, vous aurez l'air de petits bourgeois!

—Tiens! c'est vrai, reprit François; alors je suis bien plus content de ma belle cravate, puisque les petits chaufourniers rageront de ne pas en avoir une pareille... N'est-ce pas, Amandine?

—Moi, je suis contente d'avoir ma belle marmotte... voilà tout.

—Aussi, toi, tu ne seras jamais qu'une colasse! dit dédaigneusement Calebasse.

Puis, prenant sur la table du pain et un morceau de fromage, elle les donna aux enfants et leur dit:

—Montez vous coucher... Voilà une lanterne, prenez garde au feu, et éteignez-la avant de vous endormir.

—Ah çà! ajouta Nicolas, rappelez-vous bien que si vous avez le malheur de parler à Martial de la caisse, des saumons de cuivre et des hardes, vous aurez une danse que le feu y prendra; sans compter que je vous retirerai les foulards.

Après le départ des enfants, Nicolas et sa sœur enfouirent les hardes, la caisse d'étoffes et les saumons de cuivre au fond d'un petit caveau surbaissé de quelques marches, qui s'ouvrait dans la cuisine, non loin de la cheminée.

—Ah çà! la mère... à boire et du chenu!... s'écria le bandit; du cacheté, de l'eau-de-vie!... J'ai bien gagné ma journée... Sers le souper, Calebasse; Martial rongera nos os, c'est bon pour lui... Jasons maintenant du bourgeois du quai de Billy, car demain ou après-demain il faut que ça chauffe, si je veux empocher l'argent qu'il a promis... Je vas te conter ça, la mère... Mais à boire, tonnerre!!! à boire... C'est moi qui régale!