«—Combien faut-il de temps pour aller de la rive à votre île?
«—Vingt bonnes minutes.
«—Vos bateaux sont à fond plat?
«—Plat comme la main, bourgeois.
«—Vous pratiquerez adroitement une sorte de large soupape dans le fond de l'un de ces bateaux, afin de pouvoir, en ouvrant cette soupape, le faire couler à volonté en un clin d'œil... Comprenez-vous?
«—Très-bien, bourgeois; vous êtes malin! J'ai justement un vieux bateau à moitié pourri; je voulais le déchirer... il sera bon pour ce dernier voyage.
«—Vous partez donc de votre île avec ce bateau à soupape; un bon bateau vous suit, conduit par quelqu'un de votre famille. Vous abordez, vous prenez la vieille femme et la jeune fille blonde à bord du bateau troué, et vous regagnez votre île: mais, à une distance raisonnable du rivage, vous feignez de vous baisser pour raccommoder quelque chose, vous ouvrez la soupape et vous sautez lestement dans l'autre bateau, pendant que la vieille femme et la jeune fille blonde...
«—Boivent à la même tasse... ça y est, bourgeois!
«—Mais êtes-vous sûr de n'être pas dérangé? S'il venait des pratiques dans votre cabaret?
«—Il n'y a pas de crainte, bourgeois. À cette heure-là, et en hiver surtout, il n'en vient jamais... c'est notre morte-saison; et il en viendrait, qu'ils ne seraient pas gênants, au contraire... c'est tous des amis connus.