—Si j'étais resté ici, maintenant je serais aux galères comme Ambroise, ou près d'y aller comme Nicolas: je n'ai pas voulu être voleur comme vous autres... de là votre haine.

—Et quel métier fais-tu? Tu volais du gibier, tu voles du poisson; vol sans danger, vol de lâche!...

—Le poisson, comme le gibier, n'appartient à personne; aujourd'hui chez l'un, demain chez l'autre, il est à qui sait le prendre... Je ne vole pas... Quant à être lâche...

—Tu bats pour de l'argent des hommes plus faibles que toi!

—Parce qu'ils avaient battu plus faible qu'eux.

—Métier de lâche!... Métier de lâche!...

—Il y en a de plus honnêtes, c'est vrai; ce n'est pas à vous à me le dire!

—Pourquoi ne les as-tu pas pris alors, ces métiers honnêtes, au lieu de venir ici fainéantiser et vivre à mes crochets?

—Je vous donne le poisson que je prends et l'argent que j'ai!... Ça n'est pas beaucoup, mais c'est assez... je ne vous coûte rien... J'ai essayé d'être serrurier pour gagner plus... mais quand depuis son enfance on a vagabondé sur la rivière et dans les bois, on ne peut pas s'attacher ailleurs; c'est fini... on en a pour sa vie... Et puis..., ajouta Martial d'un air sombre, j'ai toujours mieux aimé vivre seul sur l'eau ou dans une forêt... là personne ne me questionne. Au lieu qu'ailleurs, qu'on me parle de mon père, faut-il pas que je réponde... guillotiné! de mon frère... galérien! de ma sœur... voleuse!

—Et de ta mère, qu'en dis-tu?