[François et Amandine]
François et Amandine couchaient dans une pièce située immédiatement au-dessus de la cuisine, à l'extrémité d'un corridor sur lequel s'ouvraient plusieurs autres chambres servant de cabinets de société aux habitués du cabaret.
Après avoir partagé leur souper frugal, au lieu d'éteindre leur lanterne, selon les ordres de la veuve, les deux enfants avaient veillé laissant leur porte entr'ouverte pour guetter leur frère Martial au passage, lorsqu'il rentrerait dans sa chambre.
Posée sur un escabeau boiteux, la lanterne jetait de pâles clartés à travers sa corne transparente.
Des murs de plâtre rayés de voliges brunes, un grabat pour François, un vieux petit lit d'enfant beaucoup trop court pour Amandine, une pile de débris de chaises et de bancs brisés par les hôtes turbulents de la taverne de l'île du Ravageur, tel était l'intérieur de ce réduit.
Amandine, assise sur le bord du grabat, s'étudiait à se coiffer en marmotte avec le foulard volé, don de son frère Nicolas.
François, agenouillé, présentait un fragment de miroir à sa sœur, qui, la tête à demi tournée, s'occupait alors d'épanouir la grosse rosette, qu'elle avait faite en nouant les deux pointes du mouchoir.
Fort attentif et fort émerveillé de cette coiffure, François négligea un moment de présenter le morceau de glace de façon à ce que l'image de sa sœur pût s'y réfléchir.
—Lève donc le miroir plus haut, dit Amandine; maintenant je ne me vois plus... Là... bien... attends encore un peu... voilà que j'ai fini... Tiens, regarde! Comment me trouves-tu coiffée?
—Oh! très-bien! très-bien!... Dieu! Oh! la belle rosette!... Tu m'en feras une pareille à ma cravate, n'est-ce pas?