—Dis donc, François, te souviens-tu, l'autre année à la Fête-Dieu, quand nous avons d'ici vu passer sur le pont toutes ces petites communiantes avec leurs voiles blancs?

—Avaient-elles de beaux bouquets!

—Comme elles chantaient d'une voix douce en tenant les rubans de leur bannière!

—Et comme les broderies d'argent de leur bannière reluisaient au soleil!... C'est ça qui doit coûter cher!...

—Mon Dieu, que c'était donc joli, hein, François!

—Je crois bien; et les communiants avec leurs bouffettes de satin blanc au bras... et leurs cierges à poignée de velours rouge avec de l'or après.

—Ils avaient aussi leur bannière, les petits garçons, n'est-ce pas, François? Ah! mon Dieu! ai-je été battue encore ce jour-là pour avoir demandé à notre mère pourquoi nous n'allions pas à la procession comme les autres enfants!

—C'est alors qu'elle nous a défendu d'entrer jamais dans l'église, quand nous irions au bourg ou à Paris, à moins que ça ne soit pour y voler le tronc des pauvres, ou dans les poches des paroissiens, pendant qu'ils écouteraient la messe, a ajouté Calebasse en riant et en montrant ses vieilles dents jaunes. Mauvaise bête, va!

—Oh! pour ça... voler dans une église, on me tuerait plutôt, n'est-ce pas, François?

—Là ou ailleurs, qu'est-ce que ça fait, une fois qu'on est décidé?