Pour échapper à cette pénible impression, elle dit à son mari:
—Voyez quel singulier hasard: M. de Lucenay vient déjeuner avec vous; je vais, moi, peut-être très-indiscrètement, m'inviter ce matin chez Mme de Lucenay; car j'ai beaucoup à causer avec elle de mes deux protégées inconnues. De là je compte aller à la prison de Saint-Lazare avec Mme de Blainval; car vous ne savez pas toutes mes ambitions: à cette heure j'intrigue pour être admise dans l'œuvre des jeunes détenues.
—En vérité vous êtes insatiable, dit M. d'Harville en souriant; puis il ajouta avec une douloureuse émotion qui, malgré ses efforts, se trahit quelque peu: Ainsi, je ne vous verrai plus... d'aujourd'hui? se hâta-t-il de dire.
—Êtes-vous contrarié que je sorte de si matin? lui demanda vivement Clémence, étonnée de l'accent de sa voix. Si vous le désirez, je puis remettre ma visite à Mme de Lucenay.
Le marquis avait été sur le point de se trahir; il reprit du ton le plus affectueux:
—Oui, ma chère petite sœur, je suis aussi contrarié de vous voir sortir que je serai impatient de vous voir rentrer. Voilà de ces défauts dont je ne me corrigerai jamais.
—Et vous ferez bien, mon ami, car j'en serais désolée.
Un timbre annonçant une visite retentit dans l'hôtel.
—Voilà sans doute un de vos convives, dit Mme d'Harville. Je vous laisse. À propos, ce soir, que faites-vous? Si vous n'avez pas disposé de votre soirée, j'exige que vous m'accompagniez aux Italiens; peut-être maintenant la musique vous plaira-t-elle davantage!
—Je me mets à vos ordres avec le plus grand plaisir.