—Alors n'oublie pas ma recette, ça te guérira.
—Merci, père Micou... à tout à l'heure.
Et le bandit sortit.
Le receleur, après avoir dissimulé les saumons de cuivre derrière son buffet, s'occupait de rassembler les différents objets que lui avait demandés Nicolas, lorsqu'un nouveau personnage entra dans sa boutique.
C'était un homme de cinquante ans environ, à figure fine et sagace, portant un épais collier de favoris gris très-touffu et des besicles d'or; il était vêtu avec assez de recherche; les larges manches de son paletot brun, à parements de velours noir, laissaient voir des mains gantées de gants paille; ses bottes devaient avoir été enduites la veille d'un brillant vernis.
Tel était M. Badinot, l'oncle de la rentière, cette Mme de Saint-Ildefonse dont la position sociale faisait l'orgueil et la sécurité du père Micou.
On se souvient peut-être que M. Badinot, ancien avoué, chassé de sa corporation, alors chevalier d'industrie et agent d'affaires équivoques, servait d'espion au baron de Graün et avait donné à ce diplomate des renseignements assez nombreux et très-précis sur bon nombre des personnages de cette histoire.
—Mme Charles vient de vous donner une lettre à porter, dit M. Badinot au logeur.
—Oui, monsieur... Mon neveu va rentrer... dans un moment il partira.
—Non, rendez-moi cette lettre... je me suis ravisé, j'irai moi-même chez le vicomte de Saint-Remy, dit M. Badinot en appuyant avec intention et fatuité sur cette adresse aristocratique.