—Cent mille francs! mais c'est énorme... Comment une femme peut-elle jamais avoir besoin de cent mille francs?... Nous autres hommes, à la bonne heure.

—Ma foi, je ne sais pas ce qu'elle veut faire de cette somme-là... ma femme. D'ailleurs ça m'est égal. Des arriérés de toilette probablement... des fournisseurs impatientés et exigeants; ça la regarde... et puis vous sentez bien, mon cher Saint-Remy, que, lui prêtant mon argent, il eût été du plus mauvais goût à moi de lui en demander l'emploi.

—C'est pourtant presque toujours une curiosité particulière à ceux qui prêtent de savoir ce qu'on veut faire de l'argent qu'on leur emprunte..., dit le vicomte en riant.

—Parbleu! Saint-Remy, dit M. d'Harville, vous qui avez un si excellent goût, vous allez m'aider à choisir la parure que je destine à ma femme; votre approbation consacrera mon choix, vos arrêts sont souverains en fait de modes...

Le joaillier entra, portant plusieurs écrins dans un grand sac de peau.

—Tiens, c'est M. Baudoin! dit M. de Lucenay.

—À vous rendre mes devoirs, monsieur le duc.

—Je suis sûr que c'est vous qui ruinez ma femme avec vos tentations infernales et éblouissantes? dit M. de Lucenay.

—Mme la duchesse s'est contentée de faire seulement remonter ses diamants cet hiver, dit le joaillier avec un léger embarras. Et justement, en venant chez M. le marquis, je les ai portés à Mme la duchesse.

M. de Saint-Remy savait que Mme de Lucenay, pour venir à son aide, avait changé ses pierreries pour des diamants faux; il fut désagréablement frappé de cette rencontre... mais il reprit audacieusement: