—Récapitulons: vous m'avez dit, il y a deux mois: «J'ai pour cent treize mille francs de traites sur différentes maisons de banque à longues échéances; mon cher Badinot, trouvez moyen de me les négocier...»
—Eh bien!... Ensuite?...
—Attendez... je vous ai demandé à voir ces valeurs... Un certain je ne sais quoi m'a dit que ces traites étaient fausses, quoique parfaitement imitées. Je ne vous soupçonnais pas, il est vrai, un talent calligraphique aussi avancé; mais, m'occupant du soin de votre fortune depuis que vous n'aviez plus de fortune, je vous savais complètement ruiné. J'avais fait passer l'acte par lequel vos chevaux, vos voitures, le mobilier de cet hôtel, appartenaient à Boyer et à Edwards... Il n'était donc pas indiscret à moi de m'étonner de vous voir possesseur de valeurs de commerce si considérables, hein?
—Faites-moi grâce de vos étonnements, arrivons au fait.
—M'y voici... J'ai assez d'expérience ou de timidité... pour ne pas me soucier de me mêler directement d'affaires de cette sorte; je vous adressai donc à un tiers qui, non moins clairvoyant que moi, soupçonna le mauvais tour que vous vouliez lui jouer.
—C'est impossible, il n'aurait pas escompté ces valeurs s'il les avait crues fausses.
—Combien vous a-t-il donné d'argent comptant, pour ces cent treize mille francs?
—Vingt-cinq mille francs comptant, et le reste en créances à recouvrer...
—Et qu'avez-vous retiré de ces créances?...
—Rien, vous le savez bien; elles étaient illusoires... mais il aventurait toujours vingt-cinq mille francs.