—Ah! s'écria douloureusement le vicomte en cachant son visage dans ses mains.
Il y eut un moment de silence.
Florestan, d'abord aussi étonné que chagrin de l'apparition inattendue de son père, songea bientôt, en homme de ressources, au parti qu'il pourrait tirer de cet incident.
«Tout n'est pas perdu, se dit-il. La présence de mon père est un coup du sort. Il sait tout, il ne voudra pas laisser flétrir son nom; il n'est pas riche, mais il doit toujours posséder plus de vingt-cinq mille francs. Jouons serré... De l'adresse, de l'entrain, de l'émotion... je laisse reposer la duchesse et je suis sauvé!»
Puis, donnant à ses traits charmants une expression de douloureux abattement, mouillant son regard des larmes du repentir, prenant sa voix la plus vibrante, son accent le plus pathétique, il s'écria en joignant les mains avec un geste désespéré:
—Ah! mon père... je suis bien malheureux!... Après tant d'années... vous revoir... et dans un tel moment!... Je dois vous paraître si coupable! Mais daignez m'écouter, je vous en supplie; permettez-moi, non de me justifier, mais de vous expliquer ma conduite... Le voulez-vous, mon père?...
M. de Saint-Remy ne répondit pas un mot; ses traits restèrent impassibles; il s'assit dans un fauteuil, où il s'accouda, et là, le menton appuyé sur la paume de sa main, il contempla le vicomte en silence.
Si Florestan eût connu les motifs qui remplissaient l'âme de son père de haine, de fureur et de vengeance, épouvanté du calme apparent du comte, il n'eût pas sans doute essayé de le duper, ni plus ni moins qu'un bonhomme Géronte.
Mais ignorant les funestes soupçons qui pesaient sur la légitimité de sa naissance, mais ignorant la faute de sa mère, Florestan ne douta pas du succès de sa piperie, croyant n'avoir qu'à attendrir un père qui, à la fois très-misanthrope et très-fier de son nom, serait capable, plutôt que de le laisser déshonorer, de se décider aux derniers sacrifices.
—Mon père, reprit timidement Florestan, me permettez-vous de tâcher, non de me disculper, mais de vous dire par suite de quels entraînements involontaires... je suis arrivé, presque malgré moi, jusqu'à des actions... infâmes... je l'avoue?...