—Ô mon père!... Comment jamais...

—Vous m'attendrez ce soir... à dix heures, je vous apporterai l'argent... Que votre créancier se trouve ici...

—Oui, mon père: et après-demain je pars pour l'Afrique... Vous verrez si je suis ingrat!... Alors, peut-être, lorsque je serai réhabilité, vous accepterez mes remerciements.

—Vous ne me devez rien; j'ai dit que mon nom ne serait pas déshonoré davantage; il ne le sera pas, dit simplement M. de Saint-Remy en prenant sa canne qu'il avait déposée sur le bureau; et il se dirigea vers la porte.

—Mon père, votre main, au moins! reprit Florestan d'un ton suppliant.

—Ici, ce soir, à dix heures, dit le comte en refusant sa main.

Et il sortit.

—Sauvé!... s'écria Florestan radieux. Sauvé! Puis il reprit, après un moment de réflexion: Sauvé à peu près... N'importe, c'est toujours cela... Peut-être ce soir lui avouerai-je l'autre chose. Il est en train... il ne voudra pas s'arrêter en si beau chemin, et que son premier sacrifice reste inutile faute d'un second... Et encore, pourquoi lui dire?... Qui saura jamais?... Au fait, si rien ne se découvre, je garderai l'argent qu'il me donnera pour éteindre cette dernière dette... J'ai eu de la peine à l'émouvoir, ce diable d'homme!!! L'amertume de ses sarcasmes m'avait fait douter de sa bonne résolution; mais ma menace de suicide, la crainte de voir son nom flétri, l'ont décidé; c'était bien là qu'il fallait frapper... Il est sans doute beaucoup moins pauvre qu'il n'affecte de l'être... S'il possède une centaine de mille francs, il a dû faire des économies en vivant comme il vit... Encore une fois, sa venue est un coup du sort... Il a l'air sauvage, mais au fond je le crois bon homme... Courons chez cet huissier!

Il sonna. M. Boyer parut.

—Comment ne m'avez-vous pas averti que mon père était ici? Vous êtes d'une négligence...