Elle croyait que le comte n'avait pas caché à son fils qu'elle aussi avait tout entendu...

Nous l'avons dit: en apprenant combien Florestan était infâme, l'amour de Mme de Lucenay, subitement éteint, s'était changé en un dédain glacial.

Nous l'avons dit encore: au milieu de ses légèretés, de ses erreurs, Mme de Lucenay avait conservé purs et intacts des sentiments de droiture, d'honneur, de loyauté chevaleresque, d'une vigueur et d'une exigence toutes viriles; elle avait les qualités de ses défauts, les vertus de ses vices: traitant l'amour aussi cavalièrement qu'un homme le traite, elle poussait aussi loin, plus loin qu'un homme, le dévouement, la générosité, le courage, et surtout l'horreur de toute bassesse.

Mme de Lucenay, devant aller le soir dans le monde, était, quoique sans diamants, habillée avec son goût et sa magnificence habituels; cette toilette splendide, le rouge vif qu'elle portait franchement, hardiment, en femme de cour, jusque sous les paupières, sa beauté surtout éclatante aux lumières, sa taille de déesse marchant sur les nues, rendaient plus frappant encore ce grand air que personne au monde ne possédait comme elle, et qu'elle poussait, s'il le fallait, jusqu'à une foudroyante insolence...

On connaît le caractère altier, déterminé de la duchesse: qu'on se figure donc sa physionomie, son regard, lorsque le vicomte s'avançant, pimpant, souriant et confiant, lui dit avec amour:

—Ma chère Clotilde... combien vous êtes bonne!... Combien vous...

Le vicomte ne put achever.

La duchesse était assise et n'avait pas bougé: mais son geste, son coup d'œil révélèrent un mépris à la fois si calme et si écrasant... que Florestan s'arrêta court...

Il ne put dire un mot ou faire un pas de plus.

Jamais de Lucenay ne s'était montrée à lui sous cet aspect. Il ne pouvait croire que ce fût la même femme qu'il avait toujours trouvée douce, tendre, passionnément soumise; car rien n'est plus humble, plus timide qu'une femme résolue, devant l'homme qu'elle aime et qui la domine.