—Il faut que Mlle Juliette mette adroitement ces diamants avec ceux de sa maîtresse, sans que celle-ci s'en doute, pour que la surprise soit plus complète.

À ce moment, le maître d'hôtel annonça que le déjeuner était servi; les convives du marquis passèrent dans la salle à manger et s'attablèrent.

—Savez-vous, mon cher d'Harville, dit M. de Lucenay, que cette maison est une des plus élégantes et des mieux distribuées de Paris?

—Elle est assez commode, en effet, mais elle manque d'espace... mon projet est de faire ajouter une galerie sur le jardin. Mme d'Harville désire donner quelques grands bals, et nos salons ne suffiraient pas. Puis je trouve qu'il n'y a rien de plus incommode que les empiétements des fêtes sur les appartements que l'on occupe habituellement, et dont elles vous exilent de temps à autre.

—Je suis de l'avis de d'Harville, dit M. de Saint-Remy; rien de plus mesquin, de plus bourgeois que ces déménagements forcés par autorité de bals ou de concerts... Pour donner des fêtes vraiment belles sans se gêner, il faut leur consacrer un emplacement particulier; et puis de vastes éblouissantes salles, destinées à un bal splendide, doivent avoir un tout autre caractère que celui des salons ordinaires: il y a entre ces deux espèces d'appartements la même différence qu'entre la peinture à fresque monumentale et les tableaux de chevalet.

—Il a raison, dit M. d'Harville; quel dommage, messieurs, que Saint-Remy n'ait pas douze à quinze cent mille livres de rentes! Quelles merveilles il nous ferait admirer!

—Puisque nous avons le bonheur de jouir d'un gouvernement représentatif, dit le duc de Lucenay, le pays ne devrait-il pas voter un million par an à Saint Remy, et le charger de représenter à Paris le goût et l'élégance française qui décideraient du goût et de l'élégance de l'Europe... du monde?

—Adopté! cria-t-on en chœur.

—Et l'on prélèverait ce million annuel, en manière d'impôt, sur ces abominables fesse-mathieux qui, possesseurs de fortunes énormes, seraient prévenus, atteints et convaincus de vivre comme des grippe-sous, ajouta M. de Lucenay.

—Et comme tels, reprit M. d'Harville, condamnés à défrayer des magnificences qu'ils devraient étaler.