Il n'en fut rien.

Son cœur se serra douloureusement. Sans cesse revenaient à son souvenir les paroles acerbes, les regards hautains, scrutateurs, de Mme d'Harville, lorsque la pauvre prisonnière s'était élevée jusqu'à l'enthousiasme en parlant de son bienfaiteur.

Par une singulière intuition, la Goualeuse avait ainsi surpris une partie du secret de Mme d'Harville.

«L'exaltation de ma reconnaissance pour M. Rodolphe a blessé cette jeune dame si belle et d'un rang si élevé, pensa Fleur-de-Marie... Maintenant je comprends l'amertume de ses paroles, elles exprimaient une jalousie dédaigneuse...

«Elle! jalouse de moi? Il faut donc qu'elle l'aime... et que je l'aime aussi, lui?... Il faut donc que mon amour se soit trahi malgré moi?...

«L'aimer... moi, moi... créature à jamais flétrie, ingrate et misérable que je suis... oh! si cela était... mieux vaudrait cent fois la mort...»

Hâtons-nous de le dire, la malheureuse enfant, qui semblait vouée à tous les martyres, s'exagérait ce qu'elle appelait son amour.

À sa gratitude profonde envers Rodolphe, se joignait son admiration involontaire pour la grâce, la force, la beauté qui le distinguaient entre tous; rien de plus immatériel, rien de plus pur que cette admiration; mais elle existait vive et puissante, parce que la beauté physique est toujours attrayante.

Et puis enfin, la voix du sang, si souvent niée, muette, ignorante ou méconnue, se fait parfois entendre; ces élans de tendresse passionnée qui entraînaient Fleur-de-Marie vers Rodolphe, et dont elle s'effrayait, parce que, dans son ignorance, elle en dénaturait la tendance, ces élans résultaient de mystérieuses sympathies, aussi évidentes mais aussi inexplicables que la ressemblance des traits...

En un mot, Fleur-de-Marie, apprenant qu'elle était fille de Rodolphe, se fût expliqué la vive attraction qu'elle ressentait pour lui; alors, complètement éclairée, elle eût admiré, sans scrupule, la beauté de son père.