—J'ai dit à M. d'Harville la nouvelle conduite que j'étais résolue de suivre à son égard... en lui promettant soutien et consolation.

—Qu'il a dû être heureux!

—D'abord il l'a été autant que moi, car ses larmes, sa joie, m'ont causé une émotion que je ne connaissais pas encore... Autrefois, je croyais me venger en lui adressant un reproche ou un sarcasme... Triste vengeance! Mon chagrin n'en était ensuite que plus amer... Tandis que tout à l'heure... quelle différence! J'avais demandé à mon mari s'il sortait; il m'avait répondu tristement qu'il passerait la soirée seul, comme cela lui arrivait souvent. Quand je lui ai offert de rester auprès de lui... si vous aviez vu son étonnement, monseigneur! Combien ses traits, toujours sombres, sont tout à coup devenus radieux... Ah! vous aviez bien raison... rien de plus charmant à ménager que ces surprises de bonheur!...

—Mais comment ces preuves de bonté de votre part ont-elles amené cet entretien pénible dont vous me parliez?

—Hélas! monseigneur, dit Clémence en rougissant, à des espérances que j'avais fait naître, parce que je pouvais les réaliser... ont succédé chez M. d'Harville des espérances plus tendres... que je m'étais bien gardée de provoquer, parce qu'il me sera toujours impossible de les satisfaire...

—Je comprends... il vous aime si tendrement...

—Autant j'avais d'abord été touchée de sa reconnaissance... autant je me suis sentie glacée, effrayée, dès que son langage est devenu passionné... Enfin, lorsque dans son exaltation il a posé ses lèvres sur ma main... un froid mortel m'a saisie, je n'ai pu dissimuler ma frayeur... Je lui portai un coup douloureux... en manifestant ainsi l'invincible éloignement que me causait son amour... Je le regrette... Mais au moins M. d'Harville est maintenant à jamais convaincu, malgré mon retour vers lui, qu'il ne doit attendre de moi que l'amitié la plus dévouée...

—Je le plains... sans pouvoir vous blâmer; il est des susceptibilités pour ainsi dire sacrées... Pauvre Albert, si bon, si loyal pourtant!!! d'un cœur si vaillant, d'une âme si ardente! Si vous saviez combien j'ai été longtemps préoccupé de la tristesse qui le dévorait, quoique j'en ignorasse la cause... Attendons tout du temps, de la raison. Peu à peu il reconnaîtra le prix de l'affection que vous lui offrez, et il se résignera comme il s'était résigné jusqu'ici sans avoir les touchantes consolations que vous lui offrez...

—Et qui ne lui manqueront jamais, je vous le jure, monseigneur.

—Maintenant, songeons à d'autres infortunes. Je vous ai promis une bonne œuvre, ayant tout le charme d'un roman en action... Je viens remplir mon engagement.