—Lui?... Lui?...
—Qu'est-ce qu'il y a d'étonnant à cela? C'est tout simple; il ne gagne guère que quinze ou dix-huit cents francs par an; il ne peut prendre qu'un logement modeste, quoiqu'il ait l'air de ne pas avoir beaucoup d'ordre... car il ne sait pas seulement ce que ses habits lui coûtent... mon cher voisin...
—Non... non..., ce n'est pas le même..., dit Fleur-de-Marie en réfléchissant.
—Ah çà! le tien est donc un phénix pour l'ordre?
—Celui dont je te parle, vois-tu, Rigolette, dit Fleur-de-Marie avec enthousiasme, est tout-puissant... on ne prononce son nom qu'avec amour et vénération... son aspect trouble, impose... et l'on est tenté de s'agenouiller devant sa grandeur et sa bonté...
—Alors je m'y perds, ma pauvre Goualeuse; je dis comme toi, ça n'est plus le même, car le mien n'est ni tout-puissant, ni imposant, il est très-bon enfant, très-gai, et on ne s'agenouille pas devant lui; au contraire, car il m'avait promis de m'aider à cirer ma chambre, sans compter qu'il devait me mener promener le dimanche... Tu vois que ça n'est pas un gros seigneur. Mais à quoi est-ce que je pense, j'ai joliment le cœur à la promenade! Et Louise, et mon pauvre Germain! Tant qu'ils seront en prison, il n'y aura pas de plaisir pour moi.
Depuis quelques moments, Fleur-de-Marie réfléchissait profondément; elle s'était tout à coup rappelé que, lors de sa première entrevue avec Rodolphe chez l'ogresse, il avait l'extérieur et le langage des hôtes du tapis-franc. Ne pouvait-il pas jouer ce rôle de commis voyageur auprès de Rigolette?
Mais quel était le but de cette nouvelle transformation?
La grisette reprit, voyant l'air pensif de Fleur-de-Marie:
—Il n'est pas besoin de te creuser la tête pour cela, ma bonne Goualeuse; nous saurons bien si nous connaissons le même M. Rodolphe; quand tu verras le tien, parle-lui de moi; quand je verrai le mien, je lui parlerai de toi; de cette manière-là nous saurons tout de suite à quoi nous en tenir.