—Il demeure toujours près du pont d'Asnières, sur le bord de l'eau.

—Sur le bord de l'eau?

—Oui, il est établi là, avec sa famille, dans une maison isolée. Il est toujours en guerre avec les gardes-pêche, et une fois qu'il est dans son bateau, avec son fusil à deux coups, il ne ferait pas bon l'approcher, allez! dit orgueilleusement la Louve.

—Quel est donc son état?

—Il pêche en fraude, la nuit; et puis, comme il est brave comme un lion, quand un poltron veut faire chercher querelle à un autre, il s'en charge, lui... Son père a eu des malheurs avec la justice. Il a encore sa mère, deux sœurs et un frère... Autant vaudrait pour lui... ne pas l'avoir, ce frère-là, car c'est un scélérat qui se fera guillotiner un jour ou l'autre... ses sœurs aussi... Enfin, n'importe, c'est à eux leur cou.

—Et où l'avez-vous connu, Martial?

—À Paris. Il avait voulu apprendre l'état de serrurier... un bel état, toujours du fer rouge et du feu autour de soi... du danger, quoi!... ça lui convenait; mais, comme moi, il avait mauvaise tête, ça n'a pas pu marcher avec ses bourgeois; alors il s'en est retourné auprès de ses parents, et il s'est mis à marauder sur la rivière. Il vient me voir à Paris, et moi, dans le jour, je vais le voir à Asnières: c'est tout près: ça serait plus loin que j'irais tout de même, quand ça serait sur les genoux et sur les mains.

—Vous serez bien heureuse d'aller à la campagne... vous la Louve! dit la Goualeuse en soupirant; surtout si vous aimez, comme moi, à vous promener dans les champs.

—J'aimerais bien mieux me promener dans les bois, dans les grandes forêts, avec mon homme.

—Dans les forêts?... Vous n'auriez pas peur?