Voyant celle-ci lutter intrépidement contre le courant, ils s'écrièrent:
—La malheureuse va se noyer!
Ces craintes furent vaines.
La maîtresse de Martial nageait comme une loutre; en quelques brassées, l'intrépide créature aborda.
Elle avait pris pied, et s'aidait, pour sortir de l'eau, d'un des pieux qui formaient à l'extrémité de l'île une sorte d'estacade avancée, lorsque tout à coup, le long de ces pilotis, emporté par le courant, passa lentement le corps d'une jeune fille vêtue en paysanne; ses vêtements la soutenaient encore sur l'eau.
Se cramponner d'une main à l'un des pieux, de l'autre saisir brusquement au passage la femme par sa robe, tel fut le mouvement de la Louve, mouvement aussi rapide que la pensée.
Seulement elle attira si violemment à elle et en dedans du pilotis la malheureuse qu'elle sauvait, que celle-ci disparut un instant sous l'eau quoiqu'il y eût pied à cet endroit.
Douée d'une force et d'une adresse peu communes, la Louve souleva la Goualeuse (c'était elle), qu'elle n'avait pas encore reconnue, la prit entre ses bras robustes comme on prend un enfant, fit encore quelques pas dans la rivière et la déposa enfin sur la berge gazonnée de l'île.
—Courage! Courage! lui cria M. de Saint-Remy, témoin comme le docteur Griffon de ce hardi sauvetage. Nous allons passer le pont d'Asnières et venir à votre secours avec un bateau.
Puis tous deux se dirigèrent en hâte vers le pont.