—Sarah? Et qui te fait croire?...
—Rapprochez ces événements de ses dénonciations contre Mme d'Harville.
—Tu as raison, s'écria Rodolphe frappé d'une clarté subite, c'est évident... je comprends maintenant... oui, toujours le même calcul. La comtesse s'opiniâtre à croire qu'en parvenant à briser toutes les affections qu'elle me suppose, elle me fera sentir le besoin de me rapprocher d'elle. Cela est aussi odieux qu'insensé. Il faut pourtant qu'une si indigne persécution ait un terme. Ce n'est pas seulement à moi, mais à tout ce qui mérite respect, intérêt, pitié, que cette femme s'attaque. Tu enverras sur l'heure M. de Graün officiellement chez la comtesse; il lui déclarera que j'ai la certitude de la part qu'elle a prise à l'enlèvement de Fleur-de-Marie, et que si elle ne donne pas les renseignements nécessaires pour retrouver cette malheureuse enfant, je serai sans pitié, et alors c'est à la justice que M. de Graün s'adressera.
—D'après la lettre de Mme d'Harville, la Goualeuse serait conduite à Saint-Lazare.
—Oui, mais Rigolette affirme l'avoir vue libre et sortie de prison. Il y a là un mystère qu'il faut éclaircir.
—Je vais à l'instant donner vos ordres au baron de Graün, monseigneur; mais permettez-moi d'ouvrir cette lettre; elle est de mon correspondant de Marseille, à qui j'avais recommandé le Chourineur; il devait faciliter le passage de ce pauvre diable en Algérie.
—Eh bien! est-il parti?
—Monseigneur, voici qui est singulier!
—Qu'y a-t-il?
—Après avoir longtemps attendu à Marseille un bâtiment en partance pour l'Algérie, le Chourineur, qui semblait de plus en plus triste et soucieux, a subitement déclaré, le jour même fixé pour son embarquement, qu'il préférait retourner à Paris.