Paroles amoureuses, musique enivrante, regards enflammés, beauté sensuellement idéale, au-dehors le silence, la nuit... tout concourait en ce moment à égarer la raison de Jacques Ferrand.
Aussi, éperdu, s'écria-t-il:
—Grâce... Cecily!... Grâce!... C'est à en perdre la tête!... Tais-toi, c'est à mourir!... Oh! je voudrais être fou!...
—Écoutez donc le second couplet, maître, dit la créole en préludant de nouveau.
Et elle continua son récitatif passionné:
Si mon amant était là et que sa main effleurât mon épaule nue, je me sentirais frissonner et mourir...
S'il était là... et que ses cheveux effleurassent ma joue, ma joue si pâle deviendrait pourpre...
Ma joue si pâle serait en feu...
Âme de mon âme, si tu étais là... mes lèvres desséchées, mes lèvres avides ne diraient pas une parole...
Vie de ma vie, si tu étais là, ce n'est pas moi qui, expirante... demanderais grâce...
Ceux que j'aime comme je t'aime... je les tue...
Mon ange, oh! viens... mon sein bondit... mon sang brûle...
Viens... viens... viens...
Si la créole avait accentué la première strophe avec une langueur voluptueuse, elle mit dans ces dernières paroles tout l'emportement de l'amour antique.
Et, comme si la musique eût été impuissante à exprimer son fougueux délire, elle jeta sa guitare loin d'elle... et se levant à demi en tendant les bras vers la porte où se tenait Jacques Ferrand, elle répéta d'une voix éperdue, mourante:
—Oh! viens... viens... viens...
Peindre le regard électrique dont elle accompagna ces paroles serait impossible...