—C'est la prison au grand air, avec une casaque rouge au lieu d'une brune; et puis j'ai toujours été curieux de voir la mer... Quel badaud de Parisien je fais... hein?
—Mais l'exposition... malheureux!... Être là exposé au mépris de tout le monde... Oh! mon Dieu! Mon Dieu! Mon pauvre frère!...
Et l'infortunée se reprit à pleurer.
—Voyons, voyons. Jeanne... sois donc raisonnable... c'est un mauvais quart d'heure à passer... et encore je crois qu'on est assis... Et puis, est-ce que je ne suis pas habitué à voir la foule? Quand je faisais mes tours de gobelets, j'avais toujours un tas de monde autour de moi; je me figurerai que j'escamote, et si ça me fait trop d'effet je fermerai les yeux; ce sera absolument comme si on ne me voyait pas.
En parlant avec autant de cynisme, ce malheureux voulait moins faire acte d'une criminelle insensibilité que consoler et rassurer sa sœur par cette apparence d'indifférence.
Pour un homme habitué aux mœurs des prisons, et chez lequel toute honte est nécessairement morte, le bagne n'est, en effet, qu'un changement de condition, un changement de casaque, comme Pique-Vinaigre le disait avec une effrayante vérité.
Beaucoup de détenus des prisons centrales, préférant même le bagne, à cause de la vie bruyante qu'on y mène, commettent souvent des tentatives de meurtre pour être envoyés à Brest ou à Toulon.
Cela se conçoit: avant d'entrer au bagne, ils avaient presque autant de labeur, selon leur professions.
La condition des plus honnêtes ouvriers des ports n'est pas moins rude que celle des forçats; ils entrent aux ateliers et en sortent aux mêmes heures, enfin les grabats où ils reposent leurs membres brisés de fatigue ne sont souvent pas meilleurs que ceux de la chiourme.
Ils sont libres! dira-t-on.