—Votre figure ne m'avait pas trompée, mademoiselle; et puis, ne prenez pas cela pour de l'orgueil, mais vous avez un faux air de ma fille aînée, ce qui fait qu'en entrant je vous avais regardée par deux fois. Je vous remercie bien; si vous m'employez, vous serez contente de mon ouvrage, ce sera fait en conscience... Je me nomme Jeanne Duport... Je demeure rue de la Barillerie, n° 1.

—N° 1... ça n'est pas difficile à retenir. Merci, madame.

—C'est à moi de vous remercier, ma chère demoiselle, c'est si bon à vous... d'avoir tout de suite pensé à m'être utile! Encore une fois, je n'en reviens pas.

—Mais c'est tout simple, madame Duport, dit Rigolette avec un charmant sourire. Puisque j'ai un faux air de votre fille Catherine, ce que vous appelez ma bonne idée ne doit pas vous étonner.

—Êtes-vous gentille... chère demoiselle! Tenez, grâce à vous, je m'en irai un peu moins triste que je ne croyais; et puis peut-être que nous nous retrouverons ici quelquefois, car vous venez comme moi voir un prisonnier...

—Oui, madame..., répondit Rigolette en soupirant.

—Alors à revoir... du moins je l'espère, mademoiselle... Rigolette, dit Jeanne Duport après avoir jeté les yeux sur l'adresse de la grisette.

—Au revoir, madame Duport.

«Au moins, pensa Rigolette en allant se rasseoir sur son banc, je sais maintenant l'adresse de cette pauvre femme, et, bien sûr, M. Rodolphe s'intéressera à elle quand il saura combien elle est malheureuse, car il m'a toujours dit: «Si vous connaissez quelqu'un de bien à plaindre, adressez-vous à moi...»

Et Rigolette, se remettant à sa place, attendit avec impatience la fin de l'entretien de son voisin, afin de pouvoir faire demander Germain.