—Je suis à la demi-solde, mon brave Bourdin... me voici sous la remise.

—Mais qui est-ce donc que ces acharnés-là?

—Figurez-vous qu'un des plus forcenés contre moi est un voleur libéré, qui m'avait donné à recouvrer le montant d'un billet de sept cents mauvais francs, pour lequel il fallait poursuivre. J'ai poursuivi, j'ai été payé, j'ai encaissé l'argent... et parce que, par suite d'opérations qui ne m'ont pas réussi, j'ai fricassé cette somme ainsi que beaucoup d'autres, toute cette canaille a tant piaillé qu'on a lancé contre moi un mandat d'amener, et que vous me voyez ici, mon brave, ni plus ni moins qu'un malfaiteur...

—Si ça ne fait pas suer, mon général... vous!

—Mon Dieu, oui; mais ce qu'il y a de plus curieux, c'est que ce libéré m'a écrit, il y a quelques jours, que cet argent étant sa seule ressource pour les jours mauvais, et que ces jours mauvais étant arrivés... (je ne sais pas ce qu'il entend par là), j'étais responsable des crimes qu'il pourrait commettre pour échapper à la misère.

—C'est charmant, parole d'honneur!

—N'est-ce pas? rien de plus commode... le drôle est capable de dire cela pour son excuse... Heureusement la loi ne connaît pas ces complicités-là.

—Après tout, vous n'êtes prévenu que d'abus de confiance, n'est-ce pas, mon général?

—Certainement! est-ce que vous me prendriez pour un voleur, maître Bourdin?

—Ah! par exemple, général! Je voulais vous dire qu'il n'y avait rien de grave là-dedans; après tout, il n'y a pas de quoi fouetter un chat.