—Tu l'étoufferas?

—Un peu.

—Mais si on sait que c'est toi?

—Après? Est-ce que je suis un veau à deux têtes, comme ceux qu'on montre à la foire?

—C'est vrai... On n'est raccourci qu'une fois, et puisque tu es sûr de l'être...

—Archisûr; le rat de prison me l'a dit encore hier... J'ai été pris la main dans le sac et le couteau dans la gorge du pante[27]. Je suis cheval de retour[28], c'est toisé... J'enverrai ma tête voir, dans le panier de Charlot, si c'est vrai qu'il filoute les condamnés et qu'il met de la sciure de bois dans son mannequin, au lieu de son que le gouvernement nous accorde...

—C'est vrai... le guillotiné a droit à du son... Mon père a été volé aussi... j'en rappelle!!! dit Nicolas Martial avec un ricanement féroce.

Cette abominable plaisanterie fit rire les détenus aux éclats.

Ceci est effrayant... mais, loin d'exagérer, nous affaiblissons l'horreur de ces entretiens si communs en prison.

Il faut pourtant bien, nous le répétons, que l'on ait une idée, et encore affaiblie, de ce qui se dit, de ce qui se fait dans ces effroyables écoles de perdition, de cynisme, de vol et de meurtre.