—Tu vois, ajouta-t-il, que je pourrai te donner des arrhes quand nous aurons causé de l'affaire.

—Alors, touche là, vieux, dit le Gros-Boiteux. Puisque tu sors bientôt et que tu as des fonds pour travailler, je pourrai te donner autre chose; mais ça c'est du nanan... du vrai nanan... un petit poupard[37] que moi et ma femelle nous nourrissions depuis deux mois, et qui ne demande qu'à marcher... Figure-toi une maison isolée, dans un quartier perdu, un rez-de-chaussée donnant d'un côté sur une rue déserte, de l'autre sur un jardin; deux vieilles gens qui se couchent comme des poules. Depuis les émeutes et dans la peur d'être pillés, ils ont caché dans un lambris un grand pot à confiture plein d'or... C'est ma femme qui a dépisté la chose en faisant jaser la servante. Mais je t'en préviens, cette affaire-là sera plus chère que l'autre, c'est monnayé... c'est tout cuit et bon à manger...

—Nous nous arrangerons, sois tranquille... Mais je vois que t'as pas mal travaillé depuis que tu as quitté la centrale...

—Oui, j'ai eu assez de chance... J'ai raccroché de bric et de brac pour une quinzaine de cents francs; un de mes meilleurs morceaux a été la grenouille de deux femmes qui logeaient dans le même garni que moi, passage de la Brasserie.

—Chez le père Micou, le receleur?

—Juste.

—Et Joséphine, ta femme?

—Toujours un vrai furet; elle faisait un ménage chez les vieilles gens dont je parle; c'est elle qui a flairé le pot aux jaunets...

—C'est une fière femme!...

—Je m'en vante... À propos de fière femme, tu connais bien la Chouette?