—Explique-toi, Gros-Boiteux, reprit le Squelette, qui ne quitta plus Frank du regard.
—Voilà, dit le Gros-Boiteux... Un Nantais, nommé Velu, ancien libéré, a éduqué le jeune homme, dont on ignore la naissance. Quand il a eu l'âge, il l'a fait entrer à Nantes chez un banquezingue, croyant mettre le loup dans sa caisse et se servir de Germain pour empaumer une affaire superbe qu'il mitonnait depuis longtemps; il avait deux cordes à son arc... un faux et le soulagement de la caisse du banquezingue... peut-être cent mille francs... à faire en deux coups... Tout était prêt: Velu comptait sur le petit jeune homme comme sur lui-même; ce galopin-là couchait dans le pavillon où était la caisse; Velu lui dit son plan... Germain ne répond ni oui ni non, dénonce tout à son patron, et file le soir même pour Paris.
Les détenus firent entendre de violents murmures d'indignation et des paroles menaçantes.
—C'est un mangeur... il faut le désosser...
—Si l'on veut, je lui cherche querelle... et je le crève...
—Faut-il lui signer sur la figure un billet d'hôpital?
—Silence dans la pègre! cria le Squelette d'une voix impérieuse.
Les prisonniers se turent.
—Continue, dit le prévôt au Gros-Boiteux. Et il se remit à fumer.
—Croyant que Germain avait dit oui, comptant sur son aide, Velu et deux de ses amis tentent l'affaire la nuit même; le banquezingue était sur ses gardes: un des amis de Velu est pincé en escaladant une fenêtre, et lui a le bonheur de s'évader... Il arrive à Paris, furieux d'avoir été mangé par Germain et d'avoir manqué une affaire superbe. Un beau jour, il rencontre le petit jeune homme; il était plein jour, il n'ose rien faire, mais il le suit; il voit où il demeure, et, une nuit, nous deux Velu et le petit Ledru, nous tombons sur Germain... Malheureusement il nous échappe... Il déniche de la rue du Temple où il demeurait; depuis nous n'avons pu le retrouver; mais s'il est ici... je demande...