—Pauvre moutard, il me semble le voir! dit le détenu à bonnet bleu, il y en a tant d'enfants comme ça... sur le pavé de Paris, des petits crève-de-faim.
—Faut bien qu'ils commencent jeunes à apprendre cet état-là pour qu'ils puissent s'y faire, reprit Pique-Vinaigre en souriant avec amertume.
—Allons, va donc, dépêche-toi donc, dit brusquement le Squelette, le gardien s'impatiente, sa soupe se refroidit.
—Ah bah! c'est égal, reprit le surveillant, je veux encore faire un peu connaissance avec Gringalet, c'est amusant.
—Vraiment, c'est très-intéressant, ajouta Germain, attentif à ce récit.
—Ah! merci de ce que vous me dites là, mon capitaliste, répondit Pique-Vinaigre, ça me fait plus de plaisir encore que votre pièce de dix sous...
—Tonnerre de lambin! s'écria le Squelette, finiras-tu de nous faire languir?
—Voilà! reprit Pique-Vinaigre.
«Un jour, Coupe-en-Deux avait ramassé Gringalet dans la rue, mourant de froid et de faim; il aurait aussi bien fait de le laisser mourir. Comme Gringalet était faible, il était peureux, et comme il était peureux, il était devenu la risée et le pâtiras des autres petits montreurs de bêtes, qui le battaient et lui faisaient tant et tant de misère qu'il en serait devenu méchant, si la force et le courage ne lui avaient pas manqué.
«Mais non... quand on l'avait beaucoup battu, il pleurait en disant: «Je n'ai fait de mal à personne, et tout le monde me fait du mal... c'est injuste. Oh! si j'étais fort et hardi!» Vous croyez peut-être que Gringalet allait ajouter: «Je rendrais aux autres le mal qu'on m'a fait.» Eh bien! pas du tout... il disait: «Oh! si j'étais fort et hardi, je défendrais les faibles contre les forts, car je suis faible, et les forts m'ont fait souffrir!»