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[Le triomphe de Gringalet et de Gargousse]

—Pour lors donc, reprit Pique-Vinaigre, continuant son récit, Gringalet, se voyant abandonné de tout le monde, se résigne à son malheureux sort. Le grand jour vient, et tous les enfants s'apprêtent à décaniller avec leurs bêtes. Coupe-en-Deux ouvre la trappe et fait l'appel pour donner à chacun son morceau de pain. Tous descendent par l'échelle, et Gringalet, plus mort que vif, rencogné, dans un coin du grenier avec sa tortue, ne bougeait pas plus qu'elle; il regardait ses compagnons s'en aller les uns après les autres: il aurait donné bien des choses pour pouvoir faire comme eux... Enfin le dernier quitte le grenier. Le cœur battait bien fort au pauvre enfant; il espérait que peut-être son maître l'oublierait. Ah bien! oui... Voilà qu'il entend Coupe-en-Deux, qui était resté au pied de l'échelle, crier d'une grosse voix:

«—Gringalet!... Gringalet!...

«—Me voilà, mon maître.

«—Descends tout de suite, ou je vais te chercher, reprend Coupe-en-Deux.

«Pour le coup, Gringalet se croit à son dernier jour.

«—Allons, qu'il se dit en tremblant de tous ses membres et en se souvenant de son rêve, te voilà dans la toile, petit moucheron; l'araignée va te manger.»

«Après avoir déposé tout doucement sa tortue par terre, il lui dit comme un adieu, car il avait fini par s'attacher à cette bête. Il s'approcha de la trappe. Il mettait le pied sur le haut de l'échelle pour descendre, quand Coupe-en-Deux, le prenant par sa pauvre jambe maigre comme un fuseau, le tira si fort, si brusquement, que Gringalet dégringola et se rabota toute la figure le long de l'échelle.