—Et la Goualeuse, monsieur? elle vivra, n'est-ce pas? demanda la Louve. Oh! il faut qu'elle vive, moi et mon mari nous lui devons tant!... Puis se retournant vers Martial: Pauvre petite... la voilà, celle dont je te parlais... c'est elle pourtant qui sera peut-être la cause de notre bonheur; c'est elle qui m'a donné l'idée de venir à toi te dire tout ce que je t'ai dit... Vois donc le hasard qui fait que je la sauve... et ici encore!...
—C'est notre Providence..., dit Martial, frappé de la beauté de la Goualeuse. Quelle figure d'ange! Oh! elle vivra, n'est-ce pas, monsieur le docteur?
—Je n'en sais rien, dit le docteur; mais d'abord peut-elle rester ici? Aura-t-elle les soins nécessaires?
—Ici! s'écria la Louve, mais on assassine ici!
—Tais-toi! Tais-toi! dit Martial.
Le comte et le docteur regardèrent la Louve avec surprise.
—La maison de l'île est malfamée dans le pays... cela ne m'étonne guère, dit à demi-voix le médecin à M. de Saint-Remy.
—Vous avez donc été victime de violences? demanda le comte à Martial. Ces blessures, qui vous les a faites?
—Ce n'est rien, monsieur... j'ai eu ici une dispute... une batterie s'en est suivie... et j'ai été blessé... Mais cette jeune paysanne ne peut pas rester dans la maison, ajouta-t-il d'un air sombre, je n'y reste pas moi-même... ni ma femme ni mon frère, ni ma sœur que voilà... nous allons quitter l'île pour n'y plus jamais revenir.
—Oh! quel bonheur! s'écrièrent les deux enfants.