Le gardien sortit. La physionomie du Chourineur était radieuse; il s'avança joyeusement en disant:

—Tonnerre! que je suis content! Que je suis donc content de vous avoir sauvé! Et il tendit la main à Germain.

Celui-ci, par un sentiment de répulsion involontaire, se recula d'abord légèrement, au lieu de prendre la main que le Chourineur lui offrait; puis, se rappelant qu'après tout il devait la vie à cet homme, il voulut réparer ce premier mouvement de répugnance. Mais le Chourineur s'en était aperçu; ses traits s'assombrirent, et, en reculant à son tour, il dit avec une tristesse amère:

—Ah! c'est juste, pardon, monsieur...

—Non, c'est moi qui dois vous demander pardon... Ne suis-je pas prisonnier comme vous? Je ne dois songer qu'au service que vous m'avez rendu... vous m'avez sauvé la vie. Votre main, monsieur, je vous en prie, de grâce, votre main.

—Merci... maintenant c'est inutile. Le premier mouvement est tout. Si vous m'aviez d'abord donné une poignée de main, cela m'aurait fait plaisir. Mais, en y réfléchissant, c'est à moi à ne plus vouloir. Non parce que je suis prisonnier comme vous, mais, ajouta-t-il d'un air sombre et en hésitant, parce qu'avant d'être ici... j'ai été...

—Le gardien m'a tout dit, reprit Germain en l'interrompant; mais vous ne m'avez pas moins sauvé la vie.

—Je n'ai fait que mon devoir et mon plaisir, car je sais qui vous êtes... monsieur Germain.

—Vous me connaissez?

—Un peu, mon neveu! que je vous répondrais si j'étais votre oncle, dit le Chourineur en reprenant son ton d'insouciance habituelle, et vous auriez pardieu bien tort de mettre mon arrivée à la Force sur le dos du hasard. Si je ne vous avais pas connu... je ne serais pas en prison.