«—Moins que cela, mon garçon. Un honnête et excellent jeune homme, auquel je m'intéresse comme à un fils, est injustement accusé de vol et détenu à la Force; il se nomme Germain, il est d'un caractère doux et timide; les scélérats avec lesquels il est emprisonné l'ont pris en aversion, il peut courir de grands dangers; vous qui avez malheureusement connu la vie de prison et un grand nombre de prisonniers, ne pourriez-vous pas, dans le cas où quelques-uns de vos anciens camarades seraient à la Force (on trouverait moyen de le savoir), ne pourriez-vous pas les aller voir, et, par des promesses d'argent qui seraient tenues, les engager à protéger ce malheureux jeune homme?»

—Mais quel est donc l'homme généreux et inconnu qui prend tant d'intérêt à mon sort? dit Germain de plus en plus surpris.

—Vous le saurez peut-être; quant à moi j'en ignore. Pour revenir à ma conversation avec M. Rodolphe, pendant qu'il me parlait, il m'était venu une idée, mais une idée si farce, si farce, que je n'ai pas pu m'empêcher de rire devant lui.

«—Qu'avez-vous donc, mon garçon? me dit-il.

«—Dame, monsieur Rodolphe, je ris parce que je suis content, et je suis content parce que j'ai le moyen de mettre votre M. Germain à l'abri d'un mauvais coup de prisonniers, de lui donner un protecteur qui le défendra crânement; car, une fois le jeune homme sous l'aile du cadet dont je vous parle, il n'y en aura pas un qui osera venir lui regarder sous le nez.

«—Très-bien, mon garçon, et c'est sans doute un de vos anciens compagnons?

«—Juste, monsieur Rodolphe; il est entré à la Force il y a quelques jours, j'ai su ça en arrivant; mais il faudra de l'argent.

«—Combien faut-il?

«—Un billet de mille francs.

«—Le voilà.