—Il faudrait me trouver une orpheline pauvre et surtout qui eût perdu ses parents étant tout enfant. Il faudrait de plus qu'elle fût d'une figure agréable, d'un caractère doux et qu'elle n'eût pas plus de dix-sept ans.
La Chouette regarda Sarah avec étonnement.
—Une telle orpheline ne doit pas être difficile à rencontrer, reprit la comtesse, il y a tant d'enfants trouvés...
—Ah çà! mais dites donc, ma petite dame, et la Goualeuse que vous oubliez?... Voilà votre affaire!
—Qu'est-ce que c'est que la Goualeuse?
—Cette jeunesse que nous avons été enlever à Bouqueval!
—Il ne s'agit plus d'elle, vous dis-je!
—Mais écoutez-moi donc, et surtout récompensez-moi du bon conseil: vous voulez une orpheline douce comme un agneau, belle comme le jour et qui n'ait pas dix-sept ans, n'est-ce pas?
—Sans doute...
—Eh bien! prenez la Goualeuse lorsqu'elle sortira de Saint-Lazare; c'est votre lot comme si on vous l'avait faite exprès, puisqu'elle avait environ six ans quand ce gueux de Jacques Ferrand (il y a dix ans de cela) me l'a fait donner avec mille francs pour s'en débarrasser... même que c'est Tournemine, actuellement au bagne à Rochefort, qui me l'a amenée... me disant que c'était sans doute un enfant dont on voulait se débarrasser ou faire passer pour mort...