—Non, ce n'est pas à moi de verser ton sang, reprit le Maître d'école, ce serait un meurtre... excusable peut-être... mais ce serait toujours un meurtre... et j'ai assez des trois spectres... et puis, qui sait?... tu te repentiras peut-être aussi un jour, toi?

En parlant ainsi, le Maître d'école avait machinalement rendu à la Chouette quelque liberté de mouvement.

Elle en profita pour saisir le stylet qu'elle avait placé dans son corsage après le meurtre de Sarah et pour porter un violent coup de cette arme au bandit, afin de se débarrasser de lui.

Il poussa un cri de douleur perçant.

Les ardeurs féroces de sa haine, de sa vengeance, de sa rase, ses instincts sanguinaires, brusquement réveillés et exaspérés par cette attaque, firent une explosion soudaine, terrible, où s'abîma sa raison, déjà fortement ébranlée par tant de secousses.

—Ah! vipère... J'ai senti ta dent! s'écria-t-il d'une voix tremblante de fureur en étreignant avec force la Chouette, qui avait cru lui échapper; tu rampais dans le caveau... hein? ajouta-t-il de plus en plus égaré; mais je te vais écraser... vipère ou chouette... Tu attendais sans doute la venue des fantômes... Oui, car le sang me bat dans les tempes... mes oreilles tintent... la tête me tourne... comme lorsqu'ils doivent venir... Oui, je ne me trompe pas... Oh! les voilà... du fond des ténèbres, ils s'avancent... ils s'avancent... Comme ils sont pâles... et leur sang, comme il coule, rouge et fumant... Cela t'épouvante... tu te débats... Eh bien! sois tranquille, tu ne les verras pas, les fantômes... non... tu ne les verras pas... j'ai pitié de toi... je vais te rendre aveugle... Tu seras comme moi... sans yeux...

Ici le Maître d'école fit une pause.

La Chouette jeta un cri si horrible que Tortillard épouvanté bondit sur sa marche de pierre et se leva debout.

Les cris effroyables de la Chouette parurent mettre le comble au vertige furieux du Maître d'école.

—Chante..., disait-il à voix basse, chante, la Chouette... chante ton chant de mort... Tu es heureuse, tu ne vois plus les trois fantômes de nos assassinés... le petit vieillard de la rue du Roule... la femme noyée... le marchand de bestiaux... Moi, je les vois... ils approchent... ils me touchent... Oh! qu'ils ont froid... ah!...