—Oh! oui, monsieur Rodolphe; je prends un peu sur mes nuits, et ce n'est guère dommage, allez, car je ne dors presque plus.

—Hélas! ma pauvre petite voisine, je crains bien que papa Crétu et Ramonette ne chantent plus beaucoup s'ils vous attendent pour commencer.

—Vous ne vous trompez pas, monsieur Rodolphe; mes oiseaux et moi nous ne chantons plus, mon Dieu non; mais, tenez, vous allez vous moquer, eh bien! il me semble qu'ils comprennent que je suis triste; oui, au lieu de gazouiller gaiement quand j'arrive, ils font un petit ramage si doux, si plaintif, qu'ils ont l'air de vouloir me consoler. Je suis folle, n'est-ce pas, de croire cela, monsieur Rodolphe?

—Pas du tout; je suis sûr que vos bons amis les oiseaux vous aiment trop pour ne pas s'apercevoir de votre chagrin.

—Au fait, ces pauvres petites bêtes sont si intelligentes! dit naïvement Rigolette, très-contente d'être rassurée sur la sagacité de ses compagnons de solitude.

—Sans doute, rien de plus intelligent que la reconnaissance. Allons, adieu... Bientôt, ma voisine, avant peu, je l'espère, vos jolis yeux seront redevenus bien vifs, vos joues bien roses, et vos chants si gais, si gais, que papa Crétu et Ramonette pourront à peine vous suivre.

—Puissiez-vous dire vrai, monsieur Rodolphe! reprit Rigolette avec un grand soupir. Allons, adieu, mon voisin.

—Adieu, ma voisine, et à bientôt.

Rodolphe, ne pouvant comprendre comment Mme Georges avait, sans l'en prévenir, amené ou envoyé Fleur-de-Marie à Paris, se rendit chez lui pour envoyer un exprès à la ferme de Bouqueval.

Au moment où il rentrait rue Plumet, il vit une voiture de poste s'arrêter devant la porte de l'hôtel: c'était Murph qui revenait de Normandie.