—Vous avez raison, dit Rodolphe en se contenant à peine, vous avez raison, je serai calme, je ne la verrai pas encore, j'attendrai que ma première émotion soit apaisée. Ah! c'est trop, trop en un jour! ajouta-t-il d'une voix altérée. Puis, s'adressant à Mme d'Harville et lui tendant la main, il s'écria, dans une effusion de reconnaissance indicible: Je suis pardonné... vous êtes l'ange de la rédemption.

—Monseigneur, vous m'avez rendu mon père, Dieu veut que je vous ramène votre enfant, répondit Clémence. Mais, à mon tour je vous demande pardon de ma faiblesse. Cette révélation si subite, si inattendue, m'a bouleversée. J'avoue que je n'aurai pas le courage d'aller chercher Fleur-de-Marie, mon émotion l'effrayerait.

—Et comment l'a-t-on sauvée? qui l'a sauvée? s'écria Rodolphe. Voyez mon ingratitude, je ne vous avais pas encore fait cette question.

—Au moment où elle se noyait, elle a été retirée de l'eau par une femme courageuse.

—Vous la connaissez?

—Demain elle viendra chez moi.

—La dette est immense, dit le prince, mais je saurai l'acquitter.

—Comme j'ai été bien inspirée, mon Dieu, en n'amenant pas Fleur-de-Marie avec moi! dit la marquise, cette scène lui eût été funeste.

—Il est vrai, madame, dit Murph, c'est un hasard providentiel qu'elle ne soit pas ici.

—J'ignorais si monseigneur désirait être connu d'elle, et je n'ai pas voulu la lui présenter sans le consulter.